Immersion
Le blog de m'sieur Julien
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Publié le vendredi 4 avril 2003

Vendredi 4 avril 2003

Hackers du réel


J’ai cru voir Saddam Hussein en peinture affiché au mur déchiqueté d’un cimetière de voitures explosées et calcinées par les bombes. C’était en fait une peinture représentant Abdullah Ocalan
(Ocalan selon le gouvernement Turque), le leader kurde du PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan), rebaptisé Kadek.
Elle était accrochée sur le mur déchiqueté qui abrite cette installation*. C’était au Palais de Tokyo
, squat institutionnel de Paris, dans la première salle de l’expo actuelle "Hardcore, vers un nouvel activisme", consacrée aux "hackers du réel".

 

  

A l’arrière-plan, un mur de photos étranges. Avant de lire l’explication, on pense à des rescapées d’une catastrophe. Ce sont en fait des prostituées à qui l’artiste a demandé de se mettre en lingerie. Il les a ensuite vêtues d’une couverture et protégé leur pubis d’un sac-poubelle. A cet endroit précis, il a pulvérisé de la mousse expansive. L’œuvre obtenue a été disséminée dans l’église qui les abritait.

 

 

Les –18 ans n’ont pas le droit de passer ce poste frontière. Œuvres trop crues pour le jeune public. Ici, une vidéo de Shu Lea Cheang, artiste taïwanaise, "nomade, activiste et féministe, née après l’ère du multimédia",
dit le dossier de presse. Cette artiste du virtuel présente une vidéo, un "cyber-porno expérimental" baptisé I.K.U.
et un patchwork de 70 photos, mix de corps et de scènes érotiques.
À côté d’elle, une autre vidéo. Un documentaire de Clarisse Hahn sur Karima, une jeune Algérienne sexuellement dominatrice.


Et au milieu de cet univers crypto-sexuel trône un missile américain, sur lequel est inscrit American-Airlines. On doit cette "sculpture objet" à Alain Declercq
, artiste parisien qui traduit à sa façon "la tension internationale du moment".

 

Cette après-midi au squat m’a fait repenser à ces phrases que m’avait livrées le peintre Richard Texier, lors d’une interview : "En France, le grand public ne s’intéresse pas à l’art contemporain, sans doute un peu trop élitiste. Il y a un effort didactique à fournir (…) Je ne crois pas au pouvoir culturel pour identifier la création. Elle fréquente les marges, elle surgit dans les endroits où on ne l’attend pas."

 

 

*Installation : "C’est quoi, une installation ?" demandent ces quatre sexagénaires en goguette à Paris à la médiatrice culturelle du Palais de Tokyo. "C’est des installations qui regroupent des vidéos, des sculptures…", répond-elle, empétrée dans son concept. Les "séniors" (c’est comme ça qu’on les appelle aujourd’hui) matent les voitures calcinées. Sceptiques : "Ah, non, on s’en va". Une autre médiatrice, à part : "C’est vrai qu’on appelle ça installation, mais c’est pas très clair."

 

Plus d’infos sur le PKK

- Selon le gouvernement Turque
- S
elon le Centre de recherche international sur le terrorisme
- S
elon le Terrorism Research Center

 

par Leo Todd | le 2003-04-04 07:26:20 | PERMALIEN
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